Le travail du textile au Moyen Age est pratiquée aussi bien dans les ateliers urbains que de manière courante et individuelle dans les campagnes. Durant toute cette période, la laine reste le textile le plus employé. Viennent ensuite le lin et le chanvre, puis, en dernière position, la soie et le coton.
1. La laine
L'industrie drapière (drap de laine) remonte au moins à l'Antiquité classique. La draperie renaît dans la seconde moitié du
XIe siècle, en particulier dans les Flandres, où la densité de population est très élevée, et où l'on importe de la laine de qualité supérieure produite dans les élevages intensifs
anglais, pratiqués par les moines prémontrés et cisterciens. Cette renaissance intervient également à Florence, mais la matière première employée est de moins bonne qualité. Au XIIIe
siècle, l'Angleterre s'équipe de moulins à foulon, ce qui entraîne une dispersion de la production, à l'origine urbaine, qui devient alors plus rurale, plus commune. A la même époque, la
rupture des relations entre les Flandres et l'Angleterre entraîne l'exportation des laines anglaises vers l'Italie du Nord et le renouveau de l'industrie florentine.
Les opérations de préparation
Les fils sont ensuite mis en écheveaux dévidés sur des bobines et des canettes pour le tissage. L'ourdissage est l'opération qui consiste à préparer la chaîne des tissus par l'enroulement de fils de même longueur avec une tension uniforme, conditions nécessaires pour la solidité du tissage. C'est une opération délicate, car il s'agit de conserver la place respective des fils.
Le tissage
Les apprêts
2. Les autres textiles
Le lin demande un sol très riche qui s'épuise rapidement. On le cultive donc dans des jardins clos près des fermes et sur les terres récemment défrichées. Le
rouissage, employé aussi pour le travail du chanvre, consiste à plonger la plante dans l'eau plusieurs jours pour décoller la fibre de la tige par fermentation.
L'élevage du ver à soie débute en Europe au VIe siècle grâce à deux moines du Mont Athos, envoyés en Chine
par l'empereur byzantin Justinien, avec pour mission de percer le secret jalousement gardé de la sériciculture. Ils rapportent, cachés dans leur bâton de pèlerin en bambou creux, des
oeufs de bombyx. La technique se répand dans l'empire byzantin et, lors de la conquête arabe au XIe siècle, passe en Espagne, d'où elle gagne l'Italie puis la France. Les plus
anciennes traces françaises d'une activité séricicole remontent au XIIIe siècle, entre autres dans le Gard et à Paris.
Le décoconnage dure huit à dix jours après la fabrication du cocon. Les vers sont enlevés de leur support et triés, après quoi on retire la bourre
ou blaze, qui a servi à la fixation du cocon. L'étouffage consiste à placer les cocons dans des étuves de 70 à 80°C, puis à les tremper dans l'eau bouillante afin que le
grès se ramollisse. La chrysalide doit être tuée sans abîmer le cocon. Chaque fil étant trop fin, on en réunit une dizaine au moment du dévidage. A l'aide du grès, ces derniers se
soudent entre eux en refroidissant. La soie alors obtenue est dite grège. Comme elle manque de résistance, on lui fait subir différentes torsions, en fonction de la qualité du fil que
l'on désire obtenir : c'est le moulinage. Vient alors le décreusage : on fait bouillir la soie dans de l'eau savonneuse pour éliminer le grès. Elle prend alors le nom de soie
cuite. Cette opération peut être effectuée sur la soie en flotte ou déjà tissée. En revanche, la teinture se pratique toujours sur de la soie décreusée.
Le coton, quant à lui, est apparemment introduit en Europe par les Musulmans au IXe siècle, mais il n'y est jamais cultivé durant le Moyen Age. C'est un tissu rare, de grande valeur, tout comme la soie.
3. La teinture
La dernière étape de réalisation d'une
étoffe est la teinture. On en observe deux types : une teinture domestique rurale, réalisée à l'aide des plantes les plus faciles à obtenir, donc d'un coût moindre, et une teinture
professionnelle quasi-industrielle, qui ne concerne qu'une minorité de personnes.
Les analyses physico-chimiques des
vestiges textiles découverts lors de fouilles, les inventaires botaniques et les règlements d'activités permettent aujourd?hui de connaître l'art de la teinture à l'époque médiévale.
Ce dernier est complexe. Vient d'abord le morçandage : on fait bouillir la matière dans un bain d?eau contenant un
mordant (cendres végétales, alun, rouille, vinaigre? et même urine !). Ce procédé permet de fixer le colorant. Il peut être pratiqué avant, pendant ou après la teinture.
On distingue deux procédés de teinture : par macération à froid ou fermentation, en renouvelant l'opération
plusieurs fois afin de renforcer l'adhésion de la couleur, ou par macération à chaud dans un bain où l'on a auparavant fait bouillir les plantes tinctoriales.
Concernant celles-ci, il en existe une multitude. On trouve essentiellement de la garance et du bois de sappan pour
le rouge, de la gaude pour le jaune, de la guède (plus connue aujourd'hui sous le nom de pastel) et de l'indigo pour le bleu, de la noix de galle et
des racines de noyer pour le noir (en remplacement du noir de fumée, de mauvaise qualité), et diverses variétés de fleurs et de feuilles pour le vert. Les teintes rouge violacé,
très recherchées, sont obtenues à partir de lichens (ces derniers peuvent aussi donner, par bain d'ébullition, des teintes jaunes et vertes). La cochenille est la femelle d'un petit insecte utilisée depuis l'Antiquité pour obtenir des teintes, selon la concentration, d'un rouge rosé à un pourpre bleu, en passant par
le rouge vif, pourpre rouge et violet. Sans compter les plantes employées par les gens du peuple, ramassées dans les bois ou cultivées dans leurs jardins : herbe (vert), cerises (rouge
tirant sur le vieux rose), mûres (bleu), genêts (jaune et vert), châtaigner et autres, n?offrant qu?une qualité médiocre.
Aucun mélange de couleurs n'est pratiqué afin d'en obtenir une autre, car il semble que ce genre de « bricolage » soit très mal considéré à
l'époque. En général, un teinturier a en charge une couleur principale et une autre, secondaire (ex : rouge et jaune). Un teinturier de rouge, par
exemple, ne s'occupe pas du bleu, et inversement.
Attention à une erreur fréquente chez les
reconstituteurs : les teintures de mauvaise qualité donnent certes des couleurs passées, mais du rouge mal teint ne donne pas du rose ou de l'orangé. On ne parvient en effet à obtenir ces deux
teintes qu'à partir de la fin du XIIIe siècle en Italie et du XIVe siècle en France (voir Michel Pastoureau, Jésus chez le teinturier).


A noter également : la diffusion à partir des XI-XIIe s., sous l'influence des pèlerins, des chapeaux de feutre, dont la fabrication remonte à l'Antiquité gréco-romaine,, l'importance des peaux et pelleteries, l'assemblage de textiles et de fourrures.
Pour en savoir plus :
http://lesfilsdutemps.free.fr/
http://www.villeneuvedascq.fr/histoire/expositions/100laine/laine.htm
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