Présentation

Lundi 11 septembre 1 11 /09 /Sep 10:12

         À l’époque médiévale, l’écrit connaît une lente diffusion au sein de toutes les activités pour soutenir la mémoire orale défaillante. Si l’Église maintient longuement sa prééminence sur l’écrit, la complexité des relations sociales et des opérations commerciale augmentant entre les XIè et XIIè siècles impose peu à peu à la société laïque de recourir à l’écriture, et dès le siècle suivant, celle-ci est bien intégrée dans la gestion des affaires ou la transmission du savoir. 
L’intérêt que montre le monde médiéval pour l’écriture est très irrégulier. Dès le milieu du XIIe les marchands ont de plus en plus besoin de l’employer pour leurs opérations commerciales. Pour les autres, l’écriture est avant tout un moyen de communication. 

         On ne peut commencer à parler d’écriture au Moyen-Âge sans citer l’oeuvre de Charlemagne. Dans son capitulaire du 23 mars 789, il est fait mention d’une demande de perfection textuelle des livres liturgiques, ce qui débouchera sur la constitution d’un nouveau type d’écriture.

         Avant la création de la minuscule caroline, les mots n’étaient pas séparés les uns des autres. Cela ne semble pas poser de grande difficulté au scribe copiant des textes en cursive ancienne, en capitale élégante ou en mérovingienne.

Fin VIIIè, apparaît la minuscule caroline , avec une calligraphie ronde et ferme, claire, stable. Elle se retrouve dans toute l’Europe jusqu’à la fin du XIIè siècle. La réforme liturgique amorcée par Prépin le Bref et complètée par Charlemagne assure le succès de la minuscule caroline qui tire son nom du souverain fin IXè, pendant plusieurs siècles. À noter que la caroline est adoptée plus tôt par les scribes copiant des manuscrits que ceux s’occupant des chartes ou actes.

Il n’y a pas de rupture brutale entre la caroline et la gothique. Dès le XIIIè, elle se fond dans ces écritures, avec une certaine confusion.


On dispose pour ces textes de 26 lettres et de signes de ponctuation, abréviations, ainsi que de l’insertion de lettrines et du recours à la couleur. Ces éléments concourent à un effet d’optique dont l’importance varie selon que le document est une charte ou un simple manuscrit.

La valeur des signes de ponctuation et la transcription graphique connaissent des changements, mais ceux-ci restent minimes. On retrouve des abréviations, pour les nomina sacra sans doute par crainte révérentielle d’écrire tout le nom divin, mais il en existe aussi qui sont propres à des textes en tous genres et qui sont des sortes de “codes” connus à l’époque entre personnes d’un même métier.

 

         Une lettrine inscrit une capitale dans un cadre, à la différence de la lettre ornée. L’introduction du chapitre ou du paragraphe se distingue des lettres du corps du texte par un module plus grand, et parfois l’emploi d’un autre type d’écriture. Initialement, elle est ornée de couleurs, arabesques, filigranes, et peut subir une déformation de contours (Fréquente au cours du XIIè siècle) pour donner une apparence zoomorphe. Elle encadre parfois des images, on parle alors de lettrine historiée, qui renferme dans son champ une scène avec des personnages.  

On retrouve une triple nécessité au recours à la lettre ornée :
- Liturgique : elle marque le caractère solennel et sacré

- Pratique : c’est un point de repère pour le lecteur  
- Esthétique : on veille à sa répartition harmonieuse sur le parchemin
 

 Pendant les XIè et XIIè siècles, la lettre ornée développe tout un système végétal, compliqué par des apports zoomorphes, des décorations orfèvrées et des figurations humaines (Rinceaux, palmettes, dragons, centaures...).  

Sur le plan pratique, on sait peu de choses sur la composition de l’encre réellement utilisée en Europe occidentale avant le XIIè siècle. Le texte le plus connu est celui du moine Théophile au début de ce siècle, qui donne la première description d’une encre métallo-gallique. L’encre noire est de loin la plus employée au Moyen-Âge, mais sa teinte va de légèrement roussâtre (Fréquente à l’époque carolingienne) à brunâtre (Très répendue jusqu’au XIIè siècle), puis la noirceur devient de règle. L’emploi d’encre rouge est réservé aux têtes de chapitres, lettrines ou initiales ornées, tout ce qui se définit sous le terme de rubrique. L’encre verte connaît une utilisation plus rare, et disparaît presque dès le XIIIè siècle.

        On connaît deux instruments usuels du scribe, le calame et la plume d’oiseau :
- Le calame est d’origine végétale. Le roseau est ainsi employé pendant tout le Moyen-Âge. Il est souvent utilisé pour le tracé des cursives anciennes, dont les traits ont des épaisseurs égales.
- La plume d’oiseau est attestée comme matériel d’écriture dès le Vè siècle, avec sa pointe fendue en deux parties, d’où des traits verticaux forts, horizontaux fins, obliques épais. Si elle est biseautée à droite, les traits sont à peu près uniformément fins. Biseautée à gauche, elle présente une alternance régulière de pleins et de déliés. La plume d’oiseau est l’instrument par excellence de l’onciale. On en utilise de vautour, pélican, cygne, corbeau, canard, coq de bruyère, mais la préférence va à l’oie. Beaucoup de précautions sont nécessaires pour préparer les plumes. Celles-ci mesurent une vingtaine de centimètres le plus souvent, et sont débarassées des barbes à l’aide d’un canivet. La taille du bec dépend des coutumes calligraphiques de l’époque et de la préférence de l’utilisateur. La première fente facilite l’écoulement de l’encre. Celle du bec, fendu obliquement suivant un angle d’inclinaison variable, est difficile à réaliser.

  On trouve différents supports. Le papyrus est employé par la chancellerie pontificale de 789 à 1057, mais le parchemin puis le papier seront les plus utilisés. La finition du parchemin est très soignée lorsqu’il s’agit de documents diplomatiques, chartes ou diplômes. Celui des manuscrits présente souvent des imperfections, à l’exception des grandes Bibles à miniatures aux XIè et XIIè siècles, et des livres d’heures des XIVè et XVè siècles qui ont des parchemins au grain doux, d’une finesse remarquable et d’une teinte blanchâtre.  
Certains
problèmes se posent pour l'utilisation du parchemin : 
 - Si la peau n’est pas assez tendue sur le cadre de bois sur lequel elle est préparée, le parchemin absorbe l’encre, et toute tâche est indélébile.  
- Avec les changements de températures ou d’humidité, la peau connaît des contractions, dilatations et bosselages, rendant l’écriture difficile.
- Si l’encre est trop métallique, elle attaque et troue le papier. Moins grave mais gênant, elle provoque un halô brunâtre autour des lettres.

 Le scribe est souvent représenté avec un couteau dans la main gauche. Celui-ci a de multiples fonctions : il permet de tailler les plumes, de corriger les erreurs et de découper des feuillets. Les plis du support peuvent contrarier l’écriture, aussi l’instrument sert-il à applanir la surface, mais également d’appui-main. Il semblerait que la fonction de grattoir et d’appui-main aient été les plus communes.
Le plan est horizontal, ou fortement incliné. La planche installée sur les genoux existe, mais sert sans doute plus à la préparation ou au brouillon qu’à la calligraphie. Les tablettes pour la lecture sont différentes de celles employées pour l’écriture. Ces actes sont complémentaires, mais distincts.
   

Être scribe au Moyen-Âge, c’est tout d’abord, pendant bien longtemps, faire partie du clergé. L’Eglise a d’emblée une place à part : à la désintégration de l’Empire Romain, elle est la seule capable de récupérer l’héritage antique, dont l’usage de l’écrit, et l’adopte, en langue latine, à ses besoins. Sa prééminence se maintient pendant toute la période médiévale. Les clercs ont longtemps été les spécialistes de l’écriture et du savoir intellectuel, et participent à sa diffusion.  
L’écriture en elle-même revêt une signification sacrée : c’est une opération noble, presque au même rang que la prière, qui confère une dignité particulière au scribe dans la société. Le scribe est sacralisé ; cependant, sa dignité dépend de ce qu’il copie. Énormément de travaux ont une nature religieuse. On constate également une symbolique de l’alphabet, un certain antropomorphisme, de l’ésotérisme, voire des valeurs magiques.
On constate quelque “exceptions” dans le métier qui vont à l’encontre des idées reçues sur ceux qui écrivent au Moyen-Âge. Les scribes peuvent en effet être moines, clercs, prêtres, laïcs ou femmes. Certains sont également miniaturistes. Les scribes sont en grande majorité des hommes, mais dès le VIè siècle, on notre un certain nombre de femmes ayant exercé cette fonction. Elles en ont la possibilité, mais certaines conventions de la société médiévale restreignent les occasions au bénéfice des hommes.
La gaucherie a une connotation péjorative. De plus, un gaucher éprouve des difficultés à tracer convenablement les courbes, et sera malhabile lorsqu’il devra faire un trait de haut en bas. Néanmoins, plusieurs manuscrits sont attestés comme étant de scribes gauchers.

            Pour enseigner l’écriture, l’usage des tablettes recouvertes de cire et du stylet est courant. L’apprentissage commence avec la lecture à voix haute du psautier, puis les dictées. La lecture est d’abord celle des lettres, puis des syllabes, et enfin des combinaisons de lettres sur des feuilles placardées aux murs. Les exercices sont autant que possible collectifs, pour l’émulation et le progrès.  
Au sein d’un ordre religieux, les aptitudes sont repérées dès le noviciat. Certaines conditions sont jugées nécessaires pour la copie : la paix de l’âme, de la clareté et une chaleur suffisante.  
 

      Le métier de scribe évolue peu à peu. Dans les communautés religieuses, la transcription est un travail collectif, avec une relative concordance des copies car elles sont soumises au contrôle d’un correcteur. Il en va de même pour les reproductions par la dictée. Les erreurs sont dues à une perception imparfaite suite à l’articulation ou à l’intonation. Le scribe est soumis au texte, souvent religieux.  
Cela change par la suite : lorsqu’ils sont laïcs, des scribes sont tentés d’ajouter des annotations personnelles - Chronologiques, topographiques, voire excuses - à des annales ou des chroniques, de supprimer, ajouter, modifier... Les textes deviennent mouvants, et cela se constate encore plus pour ceux de fiction. Du Haut Moyen-Âge au début de la Renaissance, on constate une dilatation du métier de scribe : il passe d’artisan de l’écriture à remanieur, puis accède à la dignité d’auteur - éditeur.
L’acte d’écrire, n’étant plus concentré dans les abbayes, se développe en ville. Dès le XIIè siècle, des scribes de profession reprennent le relais des moines copistes : ils travaillent seuls ou en équipe, forment la catégorie des “maîtres d’écriture”. Leurs activités consistent à transcrire des documents à la demande. On remarque une hiérarchie des types d’écriture, ainsi qu’une autre au sein des maîtres, dont certains dépendent de personnes puissantes.

 D’après L’écriture de Jacques Stiennon

Par Mélusine - Publié dans : Vie culturelle - Communauté : Le Moyen Age
Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Retrouvez-nous en 2011

Liverdun (54) le 22 mai
Châtel-sur-Moselle (88) les 12 et 13 juin
Lafauche (52) les 9 et 10 juillet

Beauraing (Belgique) le 4 septembre

Contacts

Vous voulez nous rejoindre? Vous êtes interessé par nos prestations?

Pour nous contacter, écrivez nous, ou retrouvez nous sur notre forum.

Recherche

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés